DE KASSERINE AU MIDDLE EAST: UNE ODYSSÉE À LA POURSUITE DU SUCCÈS
- wajdifilali
- 7 déc. 2025
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 déc. 2025
Cher lecteur.
Je te propose de te tenir par la main.
Partons, tous les deux retracer un chemin.
Celui de Chaaban, qui, dans un passé pas si lointain.
Était fort impliqué dans « Sharek » et est désormais un aubain.
Cher lecteur,
Suivons l’aventure de Chaaban.
Alors qu’il gravi le ravin.

Le périple de Chaaban commence à Kasserine. Suite à un baccalauréat littéraire et une formation de coiffure qui ne donnent pas leurs fruits, Chaaban décide de partir à Monastir là où il suivra une formation de technicien en restauration et tourisme. Après des années à enchainer succès et échecs, il se rend à l’évidence que ce qu’il veut faire ne peut pas se faire loin du bercail.
Le parcours dans le monde des affaires
Il revient à Kasserine et se lance dans une myriade de projets successifs. Tantôt, il est partenaire ou gérant et tantôt employé. Il apprend et forge l’essentiel de son expertise professionnelle autour des petits exploits et des échecs qu’il capitalise dans le monde des affaires et du travail.
En 2014, il est en désaccord avec son partenaire et ils brisent leur partenariat et par le même billet le projet. En 2018, il démarre un salon de thé mais ce dernier ne décolle point. En 2020, comme grand nombre de ses pairs, le covid se charge de ravager le restaurant qui était à sa charge.
Depuis, il ne baisse pas les bras et essaye de diversifier ses expériences en se reposant sur l’éventail de compétences et de diplômes en sa possession.
De toute façon, Chaaban ne fait pas l’exception concernant cette instabilité socio-économique. Les taux d’inflations dans le pays sont relativement élevés[1]. En 2022, le taux de chômage est autour des 15% et atteint les 38% pour les 15 – 24 ans[2][3].
Le parcours associatif
Il rejoint une organisation qui observe les élections de 2014. C’est l’opportunité pour lui de se faire un peu d’argent afin de subvenir à ses besoins en « assurant une mission » en tant qu’observateur. Il découvre par la même occasion le monde associatif, ce qui lui ouvre les horizons. Il devient volontaire engagé ce qui lui vaut plusieurs participations dans des organisations de la société civile et découvre le tissu associatif dans sa région natale. Il est particulièrement soucieux de la question environnementale, l’entrepreneuriat et l’économie sociale et solidaire et ce à l’aube de l’adoption de lois qui aspirent à offrir de nouvelles formes d’inclusion économique pour les individus et en particulier pour les jeunes telles que l’économie sociale et solidaire, le start-up Act et le statut d’auto-entrepreneur[4].
Expérience au conseil des jeunes
Il déclarera plus tard que ces expériences associatives et les diverses responsabilités qu’il a endossé lui ont permis de maitriser de nouvelles compétences. Il sait désormais rédiger des projets communautaires, exprimer dans un format lucide le cadre logique qui se relate à l’ingénierie des projets associatifs. Il apprendra par la suite comment animer des groupes, modérer leurs débats et faciliter la génération d’idées collectives. Il deviendra un meilleur orateur et s’intéressera à la science des discours politiques. Comment ces derniers sont ficelés et comment ils permettent de gagner les cœurs de l’auditoire.
Il mentionne en particulier une responsabilité qu’il a endossée. Celle de coordinateur général du conseil des jeunes de Kasserine[5] au sein du projet « Participe[6] ».
Comme toute expérience humaine, celle-ci vient avec son lot d’avantages et de difficultés. Chaaban est mis à l’avant de la scène. Il développe un sens du leadership plus aiguisé et davantage de charisme. Il est en contact fréquemment avec des responsables associatifs et des autorités locales et régionales. Il est sollicité pour représenter les jeunes du conseil. Avec leur aide et leurs efforts, ils organisent ensemble des rencontres débats et des manifestations où ils conviennent jeunes et responsables afin de sonder les difficultés et travailler sur comment améliorer le vécu des jeunes dans leur communauté.
Il témoigne aussi de la complexité de la navigation au sein de cet écosystème. La diversité des acteurs, des enjeux en prime de la complexité et du durcissement des mesures administratives fait que de plus en plus d’efforts sont investis pour un impact qui ne cesse de s’affaiblir.
Il est intéressant de mentionner qu’une « associaphobie » a commencé à s’installer dans le pays. La perception du citoyen « Lambda » de ce qu’est la société civile, de ce qu’elle représente et comment elle travaille, dévoile une grande méconnaissance des faits et des réalités. Ceci, combiné à la montée d’un discours accusateur, pompant sa terminologie dans un jargon de complotisme, de haute trahison et de corruption et qui est basé (le discours) dans son argumentaire, souvent sur des faits non avérés, des réalités distordues et des logiques irrationnelles[7] [8]. De surcroît, certains parlementaires reprennent les mêmes codes linguistiques et tirent la sonnette d’alarme. Pour se charger de la situation, qu’ils considèrent alarmante, il n’y a non pas un mais au moins deux propositions de loi pour remplacer le décret-loi 88 de 2011[9] La première en octobre 2023[10] et la deuxième quelques mois plus tard, portée par la présidence du gouvernement[11] [12] dans le but de réguler davantage les activités et les finances des organisations de la société civile[13]. Pour couronner le tout, l’atmosphère est devenue propice pour renforcer une narrative où la société civile est perçue comme un corps étranger, entachant, travaillant contre les intérêts du pays et, à l’image d’un fléau, à fuir.
Après l’âge d’or de la société civile et le rôle clé joué par celle-ci pour instaurer une transition démocratique dans le pays, les revers se sont enchainés. A partir de 2020, le covid sert un coup rude. Plus tard, l’instabilité politique et les campagnes de dénigrement subies par les activistes et la société civile sont venus mettre fin à cette ère. Aujourd’hui, le contexte national et le contexte international s’allient contre l’action citoyenne de la société civile, son espace et ses moyens de subsistance. Ces facteurs ont contribué au ternissement de la réputation de la société civile et a renforcé son isolement. Il est difficile de dire si « être au creux de la vague actuellement » donnera sur une montée de la pente ou si ces circonstances viennent annoncer la disparition de la société civile telle que nous l’avons connue jusqu’ici.
Un engagement communautaire voilé sous une pseudo-expérience politique
Chaaban est devenu au fil du temps très engagé dans ses luttent et aspirait à donner forme à son idéal. Il a vu se profiler une opportunité d’user de ses connaissances et ses compétences lorsque les élections des conseils locaux d’octobre 2023 ont était annoncé. Il s’est porté candidat pour servir sa communauté.
Il voulait « se poser un défi à soi-même ». En tant qu’indépendant, il ne s’est pas accroché à de faux espoirs. Il était réaliste et savait que ses chances pour remporter la course étaient négligeables. Son Mantra était « J’ai tout à gagner et rien à perdre… Si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera un autre jour ». Grace aux connaissances qu’ils a acquise, il a dirigé sa campagne sans accrocs avec un programme qui reflète sa vision : « Des jeunes engagés dans la vie publique, une gouvernance inclusive et participative et des opportunités économiques, le tout dans une logique respectueuse de l’environnement ». Pourtant, les résultats des urnes sont venus sans grande surprise.
Croisée des chemins et départ imminent
« Comment ne pas se décourager lorsqu’on a fait de notre mieux et que ce n’était pas assez ».
À la lumière des résultats obtenus, Chaaban déclenche une introspection. « Quelles options ai-je sur la base de mes acquis ? »
Tenter sa chance dans un nouveau territoire ? Il a déjà essayé ceci il y a quelques années. A quoi bon répliquer des plans qui ont déjà prouver leurs limites ? Si la solution est de tenter sa chance ailleurs, il faut prendre son temps et, peut-être, prendre son courage à deux mains pour choisir.
En 2020, après l’échec professionnel qu’il a essuyé à cause du covid-19, il a raté sa chance de partir pour le Qatar. Le Qatar préparant la tenue de la 22ème édition de la coupe du monde, ce pays s’est mis à recruter de la main d’œuvre étrangère à tour de bras mais à ce moment-là notre protagoniste ne voyait pas ceci comme une opportunité.
Retour rapide en décembre 2023, un ami de longue date propose à Chaaban de le rejoindre aux Emirats arabes unis, lui promet des opportunités professionnelles et l’aide grandement dans la démarche d’obtention de visa. Un visa qu’il obtiendra et qui lui permettra, seulement quelques jours plus tard de voyager, pour la première fois de sa vie, dans un pays étranger.
Le sur-voyage ou chemin dans le chemin
Il doit agir vite, seulement trois mois renouvelables une seule fois pour trouver un boulot et espérer transformer son visa touristique en une résidence pour ne pas tomber dans l’irrégularité. Et dire que six mois n’étaient pas assez ! Revenir en Tunisie serait synonyme d’un nouvel échec mais aussi d’endettement. C’est cette pression communautaire insoutenable que l’on peut retrouver même au sein du foyer familial qui pousse tant de migrants à rester, braver les risques et à risquer leur peau à cause d’une invention dite « frontières ».
Chaaban préfère la sécurité, il fait cap sur Le sultanat d’Oman. Il galère au début mais décroche par la suite successivement un boulot de coiffeur et celui d’un manager d’un salon de thé.
Aux dernières nouvelles, il est en période d’essai au poste de manager et attend l’approbation du propriétaire du commerce.
Le retour ?
Chaaban continue à penser fort au Bercail. Il médite sur l’idée de son retour à sa ville natale pour y investir et s’y installer. A son retour, Il souhaite lancer un projet qui allie tourisme, famille et respect de la nature. Il dit qu’il est toujours prêt à soutenir sa région dans la mesure de ce qu’il est en mesure de faire.
Mais ce retour peut attendre. Il faudra, avant, atteindre l’objectif derrière cette odyssée à la poursuite du succès.
[4] Expertise France et Quadrant Conseil, Analyse de contribution de l'écosystème de l'entrepreneuriat et de l'innovation en Tunisie, Rapport final, octobre 2024, p. 18, consulté le 16/09/2025, disponible à : https://south.euneighbours.eu/wp-content/uploads/2024/10/Rapport-final_Entrepreneuriat-Tunisie_Quadrant-Conseil_VF.pdf
[5] Les conseils de jeunesse sont des espaces inclusifs permettant aux jeunes de 15 à 35 ans d’exprimer leurs idées et de participer activement à la vie civique. Ils visent à donner une voix aux jeunes, développer leurs compétences, et encourager leur implication dans la prise de décision au niveau local. Ils favorisent la solidarité, la diversité et la coopération entre jeunes. Ils sont structurés avec quinze membres élus, dans chacune des quatre régions du programme « Participe ». Les conseils se réunissent régulièrement pour discuter, décider et exécuter des projets d’intérêt collectif.
[7] Legal Agenda & Avocats Sans Frontières & Association de Défense des Libertés Individuelles & Kawakibi Democracy Transition Center, Rapport des parties prenantes soumis à l’Examen Périodique Universel de la Tunisie 4ème cycle 2022, P6.
[8] Rania Berro & Hamza Meddeb, Naviguer dans l’incertitude : Les luttes et les défis de la société civile dans la Tunisie post-2011, Avril 2025, P14
[9] https://legislation-securite.tn/latest-laws/decret-loi-n-2011-88-du-24-septembre-2011-relatif-aux-associations/
[10] https://letemps.news/2024/02/14/loi-sur-les-associations-la-societe-civile-se-mobilise-contre-la-revision-du-decret-loi-n88/
[11] https://africanmanager.com/conseil-ministeriel-restreint-sur-un-projet-de-loi-organique-portant-organisation-des-associations/
[13] legislation-securite.tn/wp-content/uploads/sites/5/2023/11/%D8%AC%D8%AF%D9%88%D9%84-%D9%85%D9%82%D8%A7%D8%B1%D9%86%D8%A9-%D9%8A%D8%AA%D8%B6%D9%85%D9%86-%D8%A7%D9%84%D8%B5%D9%8A%D8%BA%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%B9%D8%AF%D9%84%D8%A9-%D9%88%D8%A7%D9%84%D9%85%D9%82%D8%AA%D8%B1%D8%AD%D8%A9-%D9%85%D9%86-%D9%82%D8%A8%D9%84-%D8%B1%D8%A6%D8%A7%D8%B3%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%AC%D9%85%D9%87%D9%88%D8%B1%D9%8A%D8%A9-%D9%84%D9%84%D9%85%D8%B1%D8%B3%D9%88%D9%85-%D8%B9%D8%AF%D8%AF-88-%D9%84%D8%B3%D9%86%D8%A9-2011-%D9%85%D8%A4%D8%B1%D8%AE-%D9%81%D9%8A-24-%D8%B3%D8%A8%D8%AA%D9%85%D8%A8%D8%B1-2011-%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%AA%D8%B9%D9%84%D9%82-%D8%A8%D8%AA%D9%86%D8%B8%D9%8A%D9%85-%D8%A7%D9%84%D8%AC%D9%85%D8%B9%D9%8A%D8%A7%D8%AA-2.pdf
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